Paris-Louxor : vivre ensemble le cinéma à Barbès et ailleurs

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Paris.fr: Culture
08.10.2012

Le Louxor : renaissance du Palais du Cinéma
Situé au carrefour du Boulevard La Chapelle et Magenta, ce géant qui a vu le jour dans les années 20 a déjà connu plusieurs vies. Emblème du quartier, c’est une des plus vieilles salles de cinéma parisiennes.
Petite histoire d’un immense cinéma
6 octobre 1921 l La salle est inaugurée en grande pompe. Le film de science-fiction “A 14 millions de lieues de la Terre” de Holger-Madsen est projeté accompagné par un orchestre.Années 30 l Le cinéma devient parlant et le décor du Louxor change : de “néo-égyptien” il devient “néo-grec”. La Société des cinémas Pathé devient propriétaire.1954 l Pathé rénove entièrement la salle.5 octobre 1981 l les façades et la toiture sont inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.1983 l Pathé se sépare du Louxor. La société Textile diffusion le rachète.Entre 1983 et 1987, trois tentatives de reprises par des boîtes de nuit échouent.1987 l Le Louxor ferme ses portes25 juillet 2003 l la Ville de Paris rachète le Louxor.8 Janvier 2010 l Obtention du permis de construirePremier trimestre 2013 l Réouverture du Louxor Palais du cinéma 
En savoir + sur l’histoire du Louxor 
Le Louxor aujourd’hui
C’est au printemps 2013 que les Parisiens pourront découvrir la salle entièrement rénovée. L’exploitant devrait être bientôt désigné. Le Louxor sera classé art et essai et le cinéma du monde sera à l’honneur, avec une connation marquée pour les cultures du Sud. On y trouvera trois salles de cinéma dont une de 342 places, et un café-club convivial. En savoir + sur les travaux  
 
 
Entretien avec Laurent Laborie, président de PARIS-LOUXOR
Consultant en communication et relations publiques et ancien rédacteur en chef internet des Cahiers du cinéma, Laurent Laborie est le président de l’association PARIS-LOUXOR. Il nous parle de ce projet résolument humain et fédérateur.
 
Pouvez-vous nous présenter ce projet ?
PARIS-LOUXOR, vivre ensemble le cinéma est une association à but non lucratif constituée, en juin 2010, par des habitants des 9, 10 et 18e arrondissements, afin d’accompagner, en amont, la réhabilitation du Louxor menée par la mission cinéma de la Ville de Paris. Cette initiative citoyenne, est le prolongement logique de notre engagement dans le quartier, dont l’objet est partager, soutenir, participer et informer le plus grand nombre de la réhabilitation du Louxor. Nous sommes dans un rapport de proximité immédiate, en prise avec le terrain, auprès de celles et ceux qui composent l’environnement du Louxor. L’association est composée de 20 personnes bénévoles, et nos projets sont suivis par plus de 2 000 personnes.
 
Les Parisiens pourront découvrir au printemps 2013 le Louxor enfin rénové. Quelle était votre idée de départ en créant l’association Paris-Louxor dès juin 2010 ?
Cette initiative répond à deux constats. Le premier : un lieu n’existe qu’à compter de son ouverture au public. Avant, c’est un projet, un chantier, un lieu quasi invisible. Il s’agissait pour nous d’anticiper, de profiter de cette “parenthèse” pour faire vivre le Louxor en son quartier, pour créer du désir de cinéma, avant son ouverture, afin d’inscrire d’ores et déjà le Louxor dans le paysage commun. Second constat, le désir de participer des citoyens, de s’impliquer plus activement dans la vie de la cité autour d’un projet collectif. Nous avons ressenti cette volonté d’accompagner ce qui est en train de se faire. Accompagner, c’est participer sans se substituer, c’est construire un rapport de proximité, géographique, affectif, etc avec un lieu et son environnement. Pour cela, nous avons développé un programme de rencontres publiques et mis en place un site internet collaboratif, lieu d’échange privilégié autour du quartier, du cinéma et du Louxor. Ce travail utile a permis d’informer sur l’histoire et le chantier du Louxor, de donner la parole aux habitants et cinéphiles pour mieux définir leurs attentes. Il est important pour nous d’être à la fois sur le terrain mais aussi d’être présent et actif sur internet. Nous avons souhaité être au plus près des nouvelles pratiques et des nouveaux usages afin de toucher le plus grand nombre. Notre action s’inscrit dans une dynamique de partage, de plaisir et d’échange dans un quartier vivant et ouvert à la diversité culturelle, sociale et générationnelle.
 
Quels types d’événements avez-vous ainsi organisé ?
Nous organisons tous les mois des “pots de rencontre” ouvert à tous afin d’échanger sur les projets de PARIS-LOUXOR, et permettre à celles et ceux qui le souhaitent de participer à nos activités. Tous les deux mois, un “Grand couscous”, soirée conviviale autour d’un couscous gratuit dans un bar du 18e, le Coude à coude (le prochain aura lieu le 10 octobre). L’été, nous organisons une grande soirée festive mêlant musique, cinéma, photographie et mode, comme ce fut le cas en juillet dernier avec la soirée Barbès Remix qui a réuni plus de 600 personnes au Divan du monde, et l’an dernier au Point Ephémère. Nous participons et organisons des soirées cinéma (Le Jour le plus court), des avant-premières,...Toutes ces activités sont gratuites. Nous travaillons actuellement à la réalisation d’expositions, mais aussi d’un journal et d’un livre.
Barbès Remix – Cinematic Sound System / Staycalm!
 
Quel accueil avez-vous reçu en montant ce riche programme de rencontres et d’échanges ? Le pari de tisser un lien social et culturel fort autour des habitants du quartier est-il en bonne voie ?
Nous nous intéressons à l’articulation entre la ville, la salle, les habitants et le cinéma : comment ces quatre éléments vivent et interagissent ensemble. On a constaté que le rapport du spectateur à la salle a évolué, des distances se sont créées au fil du temps. Il existe aujourd’hui un fort désir de proximité et d’interaction. Nous le constatons dans nos échanges, c’est une bonne chose que de réhabiliter une salle de quartier ouverte sur l’extérieur. La volonté du Maire de Paris de redonner vie au Louxor est un acte culturel, social et patrimonial important. Ce réaménagement du carrefour Barbès va permettre de rééquilibrer la circulation et la fréquentation de cet espace encombré et de créer un nouvel équilibre, où la place du Louxor sera centrale. Nous sommes tous impatients et curieux de le fréquenter et pour certains de le retrouver. “On va pouvoir respirer et s’évader au cinéma” nous disent les uns, “cela va redynamiser le quartier” répondent les autres. Le pari de créer du lien social et culturel est un travail de longue haleine, même s’il l’on constate un intérêt croissant pour les activités culturelles dans le quartier du Louxor, il est indispensable de poursuivre ce travail de terrain en lien avec le futur exploitant, les élus, la Ville, les associations et autres lieux culturels afin de permettre au plus grand nombre d’avoir accès à la culture.
 
Un mot sur cette cartographie du cinéma dans le quartier que vous avez entreprise. Quel est le message ?
Il est utile de rappeler que Paris est la capitale mondiale du cinéma, avec plus de 370 écrans ! Nous avons constitué une carte interactive des salles de cinéma des trois arrondissements du Louxor (9, 10 et 18e) (N.B. à terme nous réaliserons une carte sur l’ensemble des arrondissements de Paris), indiquant les salles de cinéma disparues, les salles transformées en salle de spectacle et les salles en activité. On en a recensé jusqu’à 109 dans ces arrondissements. A titre d’exemple, le 18e a connu 37 salles, dont le Gaumont Palace, plus grand cinéma au monde avec ses 6000 places, détruit en 1972, il n’en reste aujourd’hui plus que 2… Le toit et les façades du Louxor ont été classés à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1981, tout comme le Rex. Sans cette précaution, on ne sait ce qu’il aurait pu lui arriver… Le propos est de rappeler que ce patrimoine est un bien commun qu’il est important de préserver, à la fois en tant que bien patrimonial, mais aussi en tant que lieu de culture de proximité.
   Louxor, qu’est-ce que cela évoque pour vous ?
Un voyage entre l’ici et l’ailleurs, un lieu chargé d’histoire où la fiction se compose avec le réel et le spectaculaire, un lieu de vie et de cinéma, une projection du monde à l’image de Barbès, quartier vivant et ouvert aux richesses de la diversité.
 
Que peut-on souhaiter à ce colosse du carrefour Barbès pour son lancement dans quelques mois ?
Un franc succès populaire et une longue vie ! L’exploitant qui sera désigné prochainement par le maire de Paris pourra compter sur notre soutien, notre souhait, en tant qu’habitants du quartier, cinéphiles, commerçants, est qu’il réussisse cet ambitieux pari du Louxor. Que le Louxor soit un lieu d’échange, de partage et de découverte, le lieu du voir ensemble et du vivre ensemble.
www.paris-louxor.fr 
www.parisfilm.fr 
 
A lire aussi sur le site de Paris-Louxor de nombreux entretiens très intéressants autour du Louxor, du cinéma et du quartier avec des personnalités comme le réalisateur bouillonnant Michel Gondry, ou encore l’innérarable Jean-Pierre Mocky qui a longtemps fréquenté le Louxor et qui raconte :
“Le Louxor, ça faisait partie de ce qu’on appelait les « bateaux », d’immenses salles de 1 000 à 1 500 places. Il y avait le Marcadet, le Victor Hugo, l’Avron, le Palais des fêtes, le palais Rochechouart… des salles qui étaient toujours bourrées à craquer [...] On y allait avec Truffaut, Alain Resnais… on était tout le temps fourrés au cinéma, on n’avait pas la télévision. Le Louxor passait des westerns, des films américains ou français… Il y avait des loges, comme dans un théâtre, les amoureux venaient dans ces loges pour s’embrasser.”

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